vendredi 18 juillet 2014

Jour 36 / Onze et Douze (Celle de 20 ans)

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Au coin de mon cœur, elle habitait seule et perdue. Airs inachevés au coin des lèvres, regard sombre que l'on n'ose scruter, elle allait de par les rues en passant, passante parmi les passants, pensant à ce qu'elle aimait.

Une saute de vent soudaine la faisait regarder vers les nues. Feuilles mortes aux pieds, elle bruissait à chaque pas, insouciante et sévère.

On la croisait, absente parmi les présents. Elle ne parlait qu'à ceux qu'elle aimait et faisait du bruit pour les autres. Si on lui avait demandé ce qu'elle voulait, ce qu'elle aimait, elle aurait sûrement dit : "Je ne sais pas", un songe dans la voix.

Elle ne se sentait pas vivante parmi les vivants, mais simple silhouette aux contours dilués qu'une saute de vent ferait s'effacer. Mais, si un jour on l'apprivoisait, alors peut-être sortirait-elle de sa tanière... l'amour au cœur et le sourire aux lèvres.



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La parenthèse bleue. Celle qui laisse tout couler, les mots et les larmes.
C’est une parenthèse de liberté, d’ivresse et d’absurdités.

La parenthèse bleue

C’est un moment de folie comme on en fait peu. C’est un moment d’oubli que rien ne peut combler. Je la vois cette parenthèse qui entoure entre ses bras tentateurs tous mes doutes… Tout… Tout ce que je voudrais cacher. Loin sur les terres encore évanouies de mon esprit, elle erre… et enserre mon âme. Se noyer dans ce bleu envoûtant pour oublier ce qui cause ce désarroi. Se fondre dans ses bras pour n’être plus cette chose solitaire. Chose dans le noir, qui lève la tête et ne voit que ce ciel encre de chine.

Toi qui lis ces mots, tu ne sais pas qui je suis, et moi, je ne veux pas te conter d’histoires, maigres réminiscences de ce que j’ai croisé sur ma route. La parenthèse bleue, là où tu poses tes pieds.

Me soûler de mots, subtil poison. A chaque lettre, envenimer mon esprit. Arracher le peu fictif pour croire en un ailleurs.

Et, ne rien laisser aller. Battent, battent… battent mes idées folles. Toi qui ne veux rien entendre, écoute ce murmure ensoupiré. Soupir de rire, soupir des jours. J’ai tant de mal à marcher toute seule. Si faible, si peu courageuse… je ne veux plus avoir ces maux à mots, ce silence d’absence comme si je n’existais plus. Pour toi…

La parenthèse bleue, c’est le moment où tout est détruit. Pas d’égards. Mots, tuez ce monde qui me fait tant souffrir. Vibrez de toute votre âme, crépitez sur son esprit. Détruisez tout, moi, lui, nous… Les vents déchaînés soufflent et crachent. La brume exhale un peu de chaleur pluvieuse. Un moment où tout résonne, écho de plus en plus proche. Ce sentiment d’inéluctable qui m’oppresse jour et nuit, envahit tout. Il fait si beau et tout est si malade.

Cette pourriture bleue de mon espoir, sans cesse rejeté, croît sur les pas que je laisse devant moi. Cette exhalaison parenthèsée ne connaît plus rien que la souffrance de savoir que rien ne vaut. Que tout n’est que pâle figuration de la réalité.

Tambour sur eau. Ciel d’herbes coupées. Vague traînée de têtards sur ce sol sec. Roseaux, ne pleurez plus. Je crois que cette neige sèche ne s’effacera pas. Elle a laissé tant de morceaux épars.

Rien n’est oublié et rien n’est pardonné. Mais qu’importe. Le désespoir n’est qu’un vent d’automne ennuagé qui rampe, là, à tes pieds. Et moi, seule au milieu de ce chaos bleu, tente de ne plus pleurer. Mon esprit, ce monstre tentaculaire, s’est replié. Pourtant, pourtant… Mes larmes ne sont pas loin. Tristes traces de ce qui n’est plus, ne sera pas.


Quand je lève la tête, je ne vois plus rien. Ce brouillard de pensées m’inonde, m’emplit et me vide. Ressac amer. Amertume larmée. Je ne bouge plus. Je t’attends même si tu ne viendras plus. La parenthèse bleue, je détruis et empoisonne ma vie…

Jour 35 / Détente féline...


lundi 30 juin 2014

Jour 34 / Neuf et Dix

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Mes plus vieux souvenirs sont flous, épars et clairsemés.

Je regarde mon arrière-grand-mère se coiffer, préparer son chignon. Elle me paraît grande, elle qui ne devait pas mesurer plus d'1 mètre 50. Je joue avec elle. Je suis le chien des voisins (qui n'en ont pas d'ailleurs) qui vient agacer les poules de ma mémé (qu'elle n'a pas non plus). Je circule à quatre pattes dans la petite pièce, passe sous la table, entre les chaises.

Je suis chez ma grand-mère maternelle. Je regarde Scoubidou tôt le matin. Je trouve ce dessin animé hilarant. Je m'amuse autour de la maison. A l'époque, du goudron l'entoure. Un jour, pour embêter mamie, je lui pique une casserole et très fière de mon tour, cours autour de la maison en riant. Fin de la fête. Je tombe, me blesse le genou. Je garde encore aujourd'hui la cicatrice de mon vol plané. Papy joue aussi avec moi. Une fois, chez mes parents, on joue à la balle tous les deux. Je crie. Notre chien, persuadé que mon grand-père me fait du mal, le mord. Rien de grave.

Chez ma grand-mère paternelle, ce sont comptines, activités dans le jardin. J'aime marcher pieds nus dans la terre fraîche. Ce contact me met en joie. Je me lave ensuite les pieds dans un seau d'eau. Seau qui se renverse un jour, quand je m'assois sur son bord.

Entrée en moyenne section. Je suis dépitée. Ce n'est pas cette année encore qu'on va apprendre à lire, que je vais apprendre à lire.

Grande section. Un garçon dans ma classe n'arrive pas à compter jusqu'à 10. Ça m'agace. Je me vois, le temps d'une récréation, essayer de le lui apprendre.

Je dois avoir 8 ou 9 ans. Je suis dans les vergers qui sont de l'autre côté de la route par rapport à notre maison. On va ramasser des pommes. Maman, papa, mon frère sont là. Peut-être mamie aussi. On doit être en automne. Il ne fait pas très beau, mais ce verger sent bon. Il est tout en pente. On peut le dévaler à toute allure. On en profite aussi pour ramasser des châtaignes qu'on mangera à la maison.

Hiver. Papa a apporté du houx pour décorer la maison, mais toutes les petites baies rouges sont tombées. Maman prend du coton et de l'éosine. Doigts rouges et prothèses de baies. À Pâques, elle fabrique des nids avec la paille de la ferme pour y mettre nos chocolats.

Quand je lis, je n'entends plus rien. On peut m'appeler deux, trois fois avant que j'entende qui que ce soit. J'emmène des livres partout. Lis à un mariage alors que les autres enfants autour de moi jouent. Lis en cachette, jusqu'à 23 heures, minuit. Ô douceur de la clandestinité.
L'école, mon autre territoire, occupe mon esprit. On y apprend tant de choses intéressantes. Les vacances sont vraiment une perte de temps. Mon cerveau a soif. Éponge, il absorbe tout, sans distinction.

De la maison de mes grands-parents à l'école, il y a 5 minutes de marche à pied. 5 minutes de rêveries. On passe sous un chêne, dont une des branches n'en finit pas de pousser et de surplomber le chemin. J'adore les arbres.

Mes plus vieux souvenirs sont flous, épars et clairsemés.

Mais ils ont en eux la douceur de l'enfance,
du temps des rires et des jeux,
des créations que les adultes font pour nous.
Douceur du temps passé.

La petite fille que j'étais m'apparaît, bouclettes au vent, sourire au visage, rêveuse, un peu ailleurs, sûre d'elle, confiante.


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J'ai mis du temps à revenir sur ces pages. Le temps de rassembler mes idées, de retrouver mon cœur, le cœur de cette histoire, de notre histoire. J'aimerais pouvoir m'installer et écrire, écrire, et écrire encore, ce qui était prévu.
Mais...
Les choses ne fonctionnent pas ainsi. Je ne choisis pas. Les mots me quittent parfois. Il me faut alors attendre leur retour. Ce n'est pas moi qui décide. Pas pour cela.

Mais maintenant, je suis là. Présente, vraiment présente. Prête à retracer mon parcours, notre route.

Tu ne m'as pas trop attendu ?

Que pouvais-je bien faire ?

N'est-ce pas ?

Je réfléchissais. Encore. Perdue dans mes idées, mes souvenirs, mes désirs. J'attendais que le fil décousu de mes pensées se retisse, se noue, et me dessine le chemin que je devais suivre.
J'ai lu, rêvassé, écouté de la musique, regardé des films, ri, marché dans les rues tard le soir, nourri mon âme de ce que j'aime, cherché la chaleur que donne l'amour d'une famille. Et le chemin m'est apparu, bancal, imparfait, confus. Mien en somme.

Marchons un peu, veux-tu ? Tiens-moi par la main. Porte-moi sur tes épaules comme quand j'étais petite.


Voyons le monde tel qu'il est. Voyons le chemin parcouru...

vendredi 20 juin 2014

Jour 33 / Huit

J'ai grandi à la campagne, dans un petit village qui comptait plus de vaches que d'habitants.

Village lové au creux d'un virage. Autour, collines et champs, cultures et senteurs, chemins, routes, buissons et arbres. On peut le traverser sans s'en rendre compte. Un village parmi tant d'autres, avec ses familles, ses histoires, ses racontars.

Nous habitions à l'une des extrémités de ce village en virage. Nous avons appris rapidement à traverser la route avec prudence. Nous avons goûté toutes les joies d'une enfance à la campagne. J'ai grandi, là, avec l'envie de partir un jour. Partir pour découvrir des horizons plus vastes, puisque, armée de mon enfance, je ne risquais rien.

Notre maison était suffisamment grande pour que nous puissions jouer sans nous soucier de déranger qui que ce soit. Le jardin, la cour et la ferme composaient un magnifique terrain de jeu. Je ne sais plus s'il me paraissait vaste. Néanmoins, ce tout représentait un territoire à conquérir et envahir. Il fallait de l'audace pour faire le tour de la ferme à vélo, rouler sur les pierres, franchir les obstacles. Il fallait du courage pour côtoyer les vaches, veaux, taurillons. Dans ma tête de petite fille, le monde que je voyais se prêtait à toutes les rêveries possibles. Finalement, je n'ai de toutes ces années que des souvenirs épars. Les jours devaient s'écouler les uns après les autres, semblables, frères.

Peu de visages le peuplent. Mes grands-mères, mon grand-père, mon arrière-grand-mère, ma mère, mon père, mon frère, ma sœur. Mon monde était restreint, mais peuplé des personnages que je croisais dans mes lectures. Ces-derniers avaient bien plus de vie que les gens autour de moi. Le territoire intérieur que je me construisais avait certes un lien avec l'extérieur, mais le surpassait en tout. Lire, c'était vivre. Et c'était Tout.

La seule chose qui pouvait me mener au-delà s'incarnait dans l'école. Apprendre, comprendre, savoir, expliquer étaient une source inépuisable de bonheur et de satisfaction.


Aller à l'école, lire, rêver, jouer... 

vendredi 23 mai 2014

Jour 32 / Promenade du soir



Comme un cri de l'âme
Un souffle du cœur
Sans répit, arpenter les rues
Croiser ceux que l'on aime
Et marcher, marcher encore
Encore...

samedi 26 avril 2014

Jour 31 / Vers un ailleurs...

Pourquoi moi demeuré-je...

Je me dis souvent que pour sauver mon père, il aurait fallu sauver le petit garçon qu'il était. Celui qui, j'en suis certaine, était plutôt gentil, faisait quelques bêtises et avait surtout besoin d'être aimé. On ne peut pas bien grandir sans amour. Si je le pouvais, j'irais le chercher pour lui dire de ne pas s'en faire, de ne pas s'inquiéter, que les paroles de certains adultes sont sans fondement, qu'il est mignon et intelligent. Je lui murmurerais de ne pas oublier qu'il est attendu, qu'on va l'aimer autant qu'on peut espérer l'être.

Ce petit garçon si frêle, si inquiet, qui n'a jamais pu vraiment grandir, j'aimerais être sûre que maintenant il a compris. Compris qu'on ne peut rien attendre de certaines personnes, mais qu'on peut attendre tout d'autres. Et que ces personnes-là sont présentes, toujours. Elles vous tiennent par la main. Jamais elles ne vous laissent, même quand elles sont fatiguées de vous, de vos bêtises.


Inlassablement,
Elles reviennent,
Vagues d'amour embrassantes.









Tu as entendu, hein ? Est-ce que tu comprends maintenant ?


Non, on ne disait pas pour te faire plaisir qu'on t'aimait, que tu avais réussi ta vie. On te le disait parce que c'était vrai. On ne t'embêtait pas par plaisir mais parce qu'on voulait que tu vives. Avec nous et pas à côté. On voulait que tu sois heureux avec nous, enfin heureux, que tu tires un trait sur ce qui t'avait fait tant souffrir pour te concentrer sur ce qui t'attendait.


Oui, oui, tu as merdé. Tant pis, je ne t'en veux pas... plus. Mais tu as intérêt d'être heureux maintenant. Sinon, je te jure que ça va barder quand on se retrouvera. Tu as vraiment intérêt d'être heureux, d'être enfin en paix. Sinon, je ne pourrais pas accepter que tu nous aies laissés. Tu es enfin libre, pas vrai ?





Alors, va.



A suivre... 

samedi 19 avril 2014

Jour 30 / Sept

Aujourd'hui, près de 8 mois plus tard, tu me manques. Tu es toujours avec nous, le sais-tu ? Par moment, on recrée les phrases que tu nous aurais adressé. Succédané de ta présence, de toi...

On maudit ta famille qui ne nous laisse pas, qui ne te laisse pas en paix.

J'ai l'impression de te voir parfois. Plus jamais, tu ne me mettras en colère ni ne m'exaspéreras. Et là réside mon chagrin... Le vide, le manque, l'absence... Franchement, tu as toujours eu des idées à la con. Tu aurais pu t'abstenir pour la dernière, mais, en même temps, elle te ressemble...

Quand j'avais 18 ans, je pensais qu'à ta mort je ne te pleurerai pas. Toute la souffrance que tu m'avais infligée me faisait te haïr. J'avais tort. Les enfants aiment leurs parents, malgré tout, malgré eux, quoiqu'il arrive. Tu le savais pourtant...

Je crois que je peux vivre avec toi et ton absence. Je pense savoir comment faire. Après tout, nous ne sommes vraiment morts que quand plus personne ne se souvient de nous, ni ne parle de nous. Tant que tu seras dans nos souvenirs, nos mots, nos rires, tu seras vivant. Tu peux râler, mais c'est ainsi... Jamais nous ne te laisserons dans l'abîme, dans ce précipice du chagrin où tu t'es jeté.


Nous construirons autant de fois qu'il le faut le pont pour te ramener à nos côtés. Autant de fois qu'il le faut nous viendrons t'éveiller, rire de nos souvenirs, parler de toi. Nous voyagerons inlassablement sur ce chemin qui borde l'oubli et nous te ferons vivre. Vivre. Tu n'as pas le choix, c'est ainsi. Tu entends ? Tu peux bouder autant que tu veux, dire que je te traite comme mes élèves. Je ne te donne pas le choix. Je continuerai à t'aimer, malgré tout. C'est tout et ce n'est pas négociable. Mais de toute façon, je te connais. Tout au fond de toi, dans ce cœur rongé par les abysses, tu es soulagé, heureux que nous t'aimions, que nous soyons toujours là. Non ?


A suivre...

samedi 12 avril 2014

Jour 29 / Six

Deux mois après que tu nous aies laissés, tout est revenu. Ton départ n'était plus surréaliste, il devenait solide, se massifiait, marquait ma vie de sa présence.
J'étais furieuse. Tu ne pouvais rien me faire de pire. À cause de toi, je suis terrifiée depuis des années par l'idée que l'on m'abandonne.

Plutôt abandonner qu'être abandonnée, plutôt me faire souffrir qu'être blessée. Je n'arrive pas encore tout à fait à me débarrasser de cette idée.

Et là, là, tu nous as laissés. J'en hurlerais de rage, de colère et de chagrin. J'ai enfin pleuré, des heures durant. J'ai enfin compris que cette mauvaise blague, tu l'avais bien faite. Pourquoi tu n'as pensé qu'à toi ? Pourquoi jamais tu ne t'es mis à notre place ? Pourquoi ta souffrance valait-elle plus que la nôtre ?
Est-ce qu'on ne comptait pas ? Est-ce que je ne comptais pas ? Est-ce que tout ce j'ai fait, est-ce que tout ce que je me suis infligée n'a servi à rien ?
Écrasée, piétinée, chiffonnée, roulée en boule et jetée à la poubelle... je ne suis donc qu'une inutile.

Le chagrin, ombre noire, s'est alors dressé de toute sa hauteur. Il m'a enserré dans ses bras pendant quelques semaines. M'a figé. Glacée. Je suis devenue une poupée, visage sombre et cœur roide.

Il fallait bien accepter que tu étais parti. De toute façon, tu ne nous avais pas vraiment laissé le choix. Admettre que tu avais choisi un ailleurs.

Alors, alors, j'ai prié. Prié de toutes mes forces pour que tu soies enfin heureux. Tu nous avais quitté alors je voulais que, au moins, tu sois en paix maintenant. Libre d'aller où tu veux, de voir tout ce qui te faisait rêver. Fjords, étendues glacées, paysages à l'infini, océans déchaînés, chevaux au galop...

Je ne pouvais être apaisée qu'en pensant que tu étais enfin heureux. Pleurer et accepter. Quand on aime, il n'y a pas de conditions, pas de formulaire restrictif. Je ne pouvais plus rien faire pour toi, si ce n'est te laisser aller.

Les mots sont venus alors. Si je te laissais partir, je ne voulais pas te perdre. Lui, je le vouais aux Enfers, mais toi, tu étais, es une partie de moi. Reste pour toujours avec moi, à mes côtés. Tu ne seras pas oublié ni abandonné, quoi que tu aies pu penser. Là est la mission que je me suis donnée.

Ni oublié, ni abandonné. Juste toi, tel que tu étais. Avec toutes tes imperfections. Ne pas laisser tomber, lui. Non plus. Après tout, sans le vouloir, il a fait de moi celle que je suis. Celle qui sait comment sont les enfants mal aimés, pas aimés. Celle qui sait les ravages que cela peut faire. Je n'ai pas pu le, te sauver. Alors, eux, je ne les laisserai pas tomber, même si je ne peux pas faire grand chose, je serai là. Cela peut suffire, peut-être, parfois...


J'ai quitté le monde des absents, suis retournée vers la vie. J'ai laissé la porte entrouverte, cela dit.


A suivre...

samedi 5 avril 2014

Pause 2 / Dessin du soir


Jour 28 / Cinq

Tu sais ce que j'ai fait quand tu es parti ?

Je regrette toujours qu'il ne soit pas vraiment possible de faire des adieux qui correspondent à la personne qui nous quitte. Déposer du thé sur la tombe d'une personne qui nous apportait toujours de quoi goûter quand nous étions enfants, qui adorait ces moments désuets de discussion autour d'un bon thé et de délicieux biscuits. Pour toi, j'aurais lu pendant des heures des histoires que tu aimais. Comme une berceuse...

J'ai été acheter une bougie que j'ai laissé allumée pendant plusieurs heures. J'ai laissé le Requiem de Mozart résonner dans l'appartement. Je m'en fichais de toutes ces cérémonies conventionnelles. Si j'avais pu, jamais je n'y serais allée.
Je voulais te dire au revoir à ma façon.

La seule chose que tu m'as vraiment apprise à tes dépens est que nous ne pouvons être heureux que si nous nous sommes fidèles. Je dirais même, fidèle à l'enfant que nous étions. Ne jamais se trahir, ne jamais se compromettre, ne jamais jeter son âme. Sans cela, nous nous vidons de nous-mêmes et avançons, lourds, creux, un trou noir au fond de la poitrine. Ce trou noir qui broie toutes les saveurs de la vie, est-ce lui qui t'a emporté ?

Qu'importe si cette fidélité à nous-mêmes fait de nous des êtres imparfaits. Qu'importe tant que nous sommes heureux. Quand as-tu été vraiment heureux pour la dernière fois ? Quand ton âme toute entière a-t-elle vibré de joie ?



A suivre...