dimanche 12 mars 2017

Jour 50. Reprise...

Tu ronronnes contre mon coeur
Te faufile entre mes doigts
Tes cris résonnent à mes oreilles
Tes mains griffent mon quotidien
Tu ris, ensoleillant mon coeur, 
Glissent des souvenirs entre mes doigts
Tes mots tracent mon chemin
Tes pas emplissent mon quotidien.

Et puis tu es parti
J'ai cherché, 
Partout
Tes bruits, ton odeur et ta chaleur
J'ai cru, 
Partout, 
Te voir, t'entendre et te sentir.
Je n'ai pas voulu savoir
Accepter ton départ.

Mes souvenirs de toi
S'effacent à la mélancolie du soir
Mais reste encore un peu
Cette nuit
Pour nous
Pour moi. 



Hiver 2016-2017

samedi 30 mai 2015

Jour 49 / Bulle

Je flotte, séparée du monde. Loin de lui dans mon silence. 

Je n'entends rien. A peine le souffle de l'air, quelques bruissements et chants dans le lointain. 
Je ne vois plus. A peine la surface laiteuse de ma bulle, quelques taches de couleur et formes dans le lointain. 
Je ne sens plus. A peine la rosée du matin, quelques senteurs de savon et de fleurs dans le lointain. 
Je ne touche rien. A peine la soie qui m'enveloppe, quelques mains qui me frôlent et des bras dans le lointain. 

Je flotte. Encore. Oscillant dans le vent. Égarée heureuse. Je flotte. Encore. 

mardi 3 février 2015

Jour 48 / Printemps 1

PRINTEMPS





Elle écoute, sourit, attentive, se lève un instant, ouvre la fenêtre et se perche sur son rebord. Emmitouflée dans un épais gilet, elle fume, laissant s'échapper par nuée quelques cercles de fumée. Elle écoute toujours, se déplie, recrée la bulle de chaleur, se saisit d'un geste infiniment élégant de sa tasse, va la remplir de café et s'enroule à nouveau dans le fauteuil.



« On n'a jamais pu se mettre d'accord. Pas vrai ? »



Elle se recoiffe en un chignon vague. L'une d'entre elles en profite pour se lever et recharger la cheminée. Le bois craque. Une autre part dans la cuisine, revient les bras chargés de nourriture. Toutes, elles picorent, rient quelques instants, loin de ce qui les préoccupe. Pour un bref instant, il n'est plus.



Elle se penche en arrière et soupire.



« Moi, je l'ai toujours vu comme une vague… Celle qui t'effraie et que tu recherches en même temps.

Tu arrives sur la plage, le sable commence déjà à s'infiltrer dans tes chaussures, ton sac, tes cheveux. Tu poses tes affaires, jettes tes chaussures, et marches pour rejoindre le rivage…

Je le vois peut-être comme un départ, le moment où l'on quitte le rivage et s'aventure là où on peut se perdre…

En tout cas, cette vague est là. Calme, presque inoffensive. Elle clapote doucement, fait teinter quelques notes. Quand tu la regardes, elle n'est presque rien. Mais pourtant à tout instant, elle peut se lever, grandir et t'emporter.

Je ne crois pas qu'elle puisse nous détruire, vous voyez ?

Mais nous perdre ? Je pense que oui. On peut s'y perdre. Se perdre dans ce qu'elle est, ce qu'elle miroite.

Ce petit clapotis à nos oreilles qui nous appelle. Ce chant des sirènes si beau et si mystérieux. Il est une vague fascinante. »
 

Une vague qui vient doucement s'échouer sur le rivage. Un lent mouvement d'écume qui doucement me caresse les orteils, glisse sur mes chevilles, les enveloppe puis les quitte.

Le froid me pique d'abord, m'engourdit légèrement. Petit à petit, je me détends. Je fais glisser mes orteils contre les grains de sable. J'oscille un peu, agite les bras pour conserver mon équilibre.

Je sens le soleil réchauffer mes joues, mon nez. A perte de vue, l'eau encore, toujours. Elle me grise. Je pourrais m'y perdre à jamais. Le ressac des vagues m'emporte. L'une après l'autre, elles se lancent, effacent mes traces, gravissent mes jambes. Orteils, chevilles, mollets, genoux…

Elles m'enveloppent de leur douceur, me noient dans leur monde. Le soleil les évapore. La brume monte. Les nuages se forment, blancs dans le bleu. Et j'oublie… je m'oublie.

Jour 47 / Automne 1

AUTOMNE



Elle, elle semble ailleurs, les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées. Elle n'en finit plus de faire tourner son mug entre ses mains, cherchant à réchauffer ses doigts. Elle joue des épaules, tente de maintenir la couverture sur celles-ci.
Elle regarde par la fenêtre, sourit.

« Je ne sais pas trop. Je ne le vois pas tout à fait comme ça. »

D'un mouvement brusque, elle ébouriffe ses cheveux puis se niche à nouveau entre les tissus chauds de la couverture. Une autre lui prend le mug des mains, le remplit d'eau brûlante, lui demande quel thé elle souhaite prendre.
Elle tend ses mains, récupère le récipient et doucement souffle sur la surface de l'eau dans laquelle se balance le sachet de mousseline. Quelques rides apparaissent. Elle souffle encore un peu, sourit.

« Moi, je l'ai toujours vu comme une étendue couverte d'arbres, de branches entrelacées desquelles tombent des feuilles…
Une étendue qui nous est étrangère mais dans laquelle on peut respirer… Vous voyez ?
C'est tellement vaste une forêt. C'est ce qui en fait le lieu de tous les possibles. Celui où tu peux te perdre, te faire dévorer, rencontrer des monstres, mais aussi celui où tu peux renaître, apprendre à vivre, aimer.
C'est un lieu plein d'âmes, parsemé de petits bruits, de senteurs. Et si tu ouvres suffisamment les yeux, si tu écoutes avec attention, alors tu peux en sentir battre le pouls. À rythme lent, mais constant… rassurant…
Tu sens le sol battre sous tes pieds, t'encourager à avancer, à te perdre…

C'est ce que j'aime finalement. Ne pas savoir ce qui va arriver, mais me lancer. Et tel que je le vois, il peut tout aussi bien nous détruire que nous faire vivre. Non ? »

Une forêt aux reflets mordorés… des feuilles en train de pourrir sous mes pieds… Cette odeur d'humus qui monte, envahit tout mon être. Le ciel apparaît entre quelques branches. Quelques sifflements d'oiseaux, puis un léger bruissement. Ce monde tourne.
Mes mains virevoltent, effleurant les longues tiges dénudées qui se préparent à affronter l'hiver. Mes pas craquent. Des collines de feuilles où il fait bon s'enfoncer. Cette envie de courir, de hurler.
Mes cheveux s'échappent, m'empêchent de voir. Le vent les fait tourbillonner. Et à nouveau, cette odeur grisante m'envahit. Une senteur sauvage, exaltante. Je commence à courir, dévale à perdre haleine les sentiers, me perd entre les troncs, me glisse sous des branches, dérape sur la mousse. Tombe. Me relève. Et je n'en finis plus de rire.
Ce monde tourne et moi, en son centre, ris. Les branches nues s'entremêlent. Quelques feuilles tombent. Le sol se couvre. Doucement, la brume se lève.

dimanche 11 janvier 2015

Jour 46 / ...

Les mots sont mon royaume, mon refuge, le seul territoire où je ne suis jamais étrangère ni perdue, mais aujourd'hui, ils me font défaut.

Et puis...

Tout au fond de la boîte, il est étendu, agitant faiblement ses ailes. Et elle tend ses mains ensanglantées pour le recueillir.
Elle est parcourue de frissons, sourit aux rires qui résonnent, et pleure ses enfants perdus. Elle sourit à ceux qui l'aiment et pleure ceux qui l'oublient.
Elle le recueille et lui murmure doucement à l'oreille qu'il va vivre encore, encore, toujours. Car telle est sa nature...

Au fond de la boîte, l'espoir palpite doucement, vacille, prêt à s'éteindre sous les coups de ceux qui voudraient faire le noir autour de nous. Il vacille, vacille encore.

Seule notre humanité peut le sauver. Ce qui fait de nous des êtres doués de raison. Elle nous recueille et nous replante là où nous devons être. Loin, bien loin, de ce qui la nie. Loin, bien loin, des cris faisant fuir l'espoir.
Elle nous recueille et tend ses mains vers ceux qui voudraient la fuir. Vers ceux qui ne se savent pas perdus.

Au fond de la boîte, il palpite toujours. Et elle chante doucement, priant pour qu'il prenne à nouveau son envol, ranime ses enfants, refasse de tous des frères humains. Humains… pour toujours.

Au fond de la boîte, il vit, fragile, vulnérable. Il vit. Il vit. Il vit.

Pour toujours.

Humain.

vendredi 2 janvier 2015

Jour 45 / Hiver 1

HIVER




La première lève le nez de sa tasse, sourit. La pose délicatement sur la table. Ce lent mouvement vers l'avant, bras tendu vers la table, réveille l'attention des autres.Tout aussi tranquillement, elle s'enveloppe de son gilet, se cale dans le fauteuil, négligemment se recoiffe. Une à une, les mèches trouvent leur place. Le soleil lentement illumine le plancher. Le bois craque.

« Je commence ?
Après tout, nous sommes venues parler de lui. Non ? »

Lent acquiescement. L'une d'entre elles se lève, relance la bouilloire. Quelques instants plus tard, de l'eau chaude conservée dans un thermos, des sachets de thé et des biscuits ont rejoint la table. Des bûches brûlent dans l'âtre.

Doucement, elle inspire, soupire, se lance...

« Moi, je l'ai toujours vu comme une étendue glacée… dangereuse. Prête à m'engloutir dans son enfer blanc. 
Tu vois ces champs recouverts de neige en hiver ? Avant que les tracteurs passent et leur rendent leur caractère humain… Mmmm… Oui, ils sont beaux. Mais moi, je les ai toujours trouvé menaçants. C'est comme si la nature se dressait devant nous et nous rappelait sa puissance. On dirait que le monde dans lequel nous vivions n'est plus nôtre…
Tout devient différent. Tout...
Et bien, lui, je le vois comme ça. Une étendue recouverte de neige et de glace. Belle mais mortelle. Prête à nous dévorer de son froid ardent, prête à nous laisser geler et mourir sur place… Parcourue par des vents glacés qui nous brisent...
Et parfois, quand le soleil s'y lève, on peut espérer qu'il change et nous accueille… Mais ce n'est qu'un faux-semblant. Il est toujours une menace…
Oui ?

Je maintiens… une menace. Prête à nous geler le corps et l'âme. » 

Un champ de glace le recouvre. Le vent souffle et délicatement fait jouer les flocons de neige. Ils dansent et se reposent, effaçant progressivement mes empreintes dans le sol.
La terre crisse sous mes pas. Pas un bruit, seule cette lente entrée dans la neige, sourde, heurtée. Ma respiration siffle un peu. Des nuées de brume apparaissent. Arabesques exotiques. Elles disparaissent doucement. Mes doigts se raidissent et je finis par ne plus les sentir. Mon nez gèle. Mes orteils se recroquevillent, cherchant un reste de chaleur.
Cette étendue blanche m'éblouit et me grise. Je voudrais pouvoir crier, mais ma voix reste coincée. Bloquée par ce froid qui environne tout.
J'avance pas à pas, avec précaution. Éviter par tous les moyens de glisser, de perdre une fois de plus mon équilibre.

La nuit tombe petit à petit. Le soleil se couche. Il fait de plus en plus froid et je reste là, seule, au milieu de cette étendue glacée.
 

mercredi 3 décembre 2014

Jour 44 / Nouveau commencement !



La maison gisait au fond des bois. Entourée de chênes, refuge des âmes, elle semblait nous attendre depuis toujours. Un vague chemin y menait. Le rythme cahotant de la voiture nous y conduisait. Chaque sursaut, grincement de la mécanique rappelait le ressac de nos existences.
Les phares balayaient les bas-côtés, faisaient surgir ombres et fantômes. La musique hurlait dans l'habitacle. Un éclat de rire s'en dégageait parfois.

Dans un dernier sursaut, nous sommes arrivées, avons déchargé la voiture. Les clés ont été trouvées au fond d'un sac, la porte ouverte et la maison occupée. Un peu de poussière recouvrait les meubles. L'odeur d'humidité régnait partout. Le froid nous imprégnait petit à petit…

Dans un craquement d'allumettes, le feu a jailli et réchauffé nos mains. Nous avons jeté nos affaires un peu partout, commencé à faire de ce lieu un chez-nous.

Nous nous sommes toutes réunies au matin. Emmitouflées dans nos couvertures, nos gilets, tasse de café ou mug de thé à la main, soufflant de concert et sirotant dans le calme. L'air embaumait la brioche fraîchement grillée et le beurre fondu.
La brume du matin se dissipait. Vagues après vagues, ses nappes nous quittaient. Le ciel se teintait de rose et le soleil timidement nous lançait ses rayons. L'herbe scintillait. La vie se réveillait autour de nous.
Nous ne disions rien. Pas encore. Savourions ce moment de retrouvailles, ce moment que nous avions tant différé...

mardi 7 octobre 2014

Jour 43 / ...

Non, ce blog n'est pas mort... 

Je réfléchis... Simplement. Et comme j'ai le processeur un peu lent, ça prend du temps. 

En attendant, enjoy :)



samedi 6 septembre 2014

Jour 42 / Dix-sept

Je ne sais pas s'il y a vraiment une fin à cela. Pourrais-je jamais cesser de t'écrire ? Pourrais-je jamais cesser de t'aimer ?
Quoi qu'il arrive, tu nous accompagnes sur nos pas. Quoi qu'il arrive, des morceaux de toi restent épars à la maison, parmi nous. Certains sont tranchants, et on ose à peine les regarder. D'autres scintillent, appellent nos sourires et nos rires. Quoi qu'il arrive, nous ne t'oublierons pas.

Quoi qu'il arrive, tu resteras mon papa et tu me manqueras… Mais, c'est pour cela que, tous, quoi qu'il arrive, nous vivrons et aimerons, encore, encore, toujours… sans toi, pour toi…


samedi 30 août 2014

Jour 41 / Aujourd'hui / Seize

Le monde que tu as fuis, celui dans lequel je vis aujourd'hui auraient sans doute pu se rencontrer. Je ne sais si tu l'as jamais vu…


Quand je ferme les yeux, il est là...


La musique résonne. L'air y frémit, vibre. On avance pas à pas, dans un glissement furtif, les mains effleurant les herbes qui y poussent. Ce n'est jamais qu'un jardin aux dimensions de notre âme.
Mille senteurs le parfument. Du sol chaud battu par la pluie, de l'herbe tondue et du foin fraîchement taillé, du pain en train de cuire, de fleurs en pagaille, de l'iode de la mer, du bois coupé, du parfum d'un amour…
Mille sensations le parcourent. Le moelleux d'une couverture, la fraîcheur de la pluie sur le visage, la douce pression d'une main, la chaleur d'un feu de bois, les picotements d'une pelouse un peu sèche, la douceur d'un pelage de chat…
Mille bruits y résonnent. Le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles, le lent va-et-vient des vagues, les rires de ceux que nous aimons, quelques notes de piano…
Tout nous y enveloppe de douceur.
Ce n'est pour autant un monde serein. Le tonnerre y gronde parfois. Le vent vient en frapper violemment les parois. Des cris stridents se font entendre, suivis d'un silence lourd, menaçant. L'effroi me saisit dans son armure de douleurs. L'ombre noire qui t'a happé me poursuit encore, désireuse de saisir une nouvelle proie.
Pourtant, elle perd du terrain, s'efface de plus en plus et ne parvient plus à résister. De simples notes de kalimba la réduisent à néant. Ses griffes se rétractent, lâchent leur proie. Elle gémit, de noire devient grisâtre, de géante devient naine, de monstrueuse devient négligeable… Elle sait qu'un jour elle ne sera plus.


Et mon monde se déploie. Celui où tu aurais pu vivre si tu en avais eu la force. Ce monde de tous les possibles, de tous les imaginaires, où il fait bon rire et vivre.
Une guitare fait entendre ses accords. Un air de jazz… L'improvisation n'est pas loin. La vie n'est pas loin.


Allons-y.



samedi 23 août 2014

Jour 40 / Quinze

Les années ont filé. Incertaines, bancales.
Celle de 20 ans a dû faire un choix. Elle ou lui. Pardonner ou non. Se pardonner ou non.
Je ne sais pas vraiment ce que tu es devenu pendant ces années où je ne te prêtais plus qu'une attention distraite. Je sauvais ma vie, en rassemblait les morceaux épars, reconstruisait un ensemble à peu près cohérent. Elle disparaissait. Je voulais à tout prix vaincre celle qui n'était pas moi, celle qui me rongeait et m'empêchait de vivre. Je voulais à nouveau avoir accès à tout ce que je suis, à toute la beauté du monde. A tout, tout...
Pourtant, Elle réapparaissait, réapparaît encore. Par moments. Elle redevient cette ombre qui m'a hanté pendant des mois. Il est tellement plus facile de lui céder que de l'affronter. Tellement plus facile de se laisser détruire par des mots qu'on a entendu à maintes reprises. Tellement plus facile de croire que personne ne nous attend. Tellement plus facile de ne plus vouloir rien ressentir. Tellement plus facile de rejeter ceux qui nous entourent et nous aiment.
J'ai compris ce que tu vivais, que Lui n'était après tout qu'un symptôme, une apparition, l'incarnation monstrueuse de ta souffrance. Si ce monstre était bien là, présent dans sa cruauté, ses cris, ses colères, c'est que tu ne parvenais plus à te battre. J'ai pu alors te pardonner. Pas à Lui, mais à toi, le papa que j'embêtais petite, celui qui me réconfortais, celui qui, s'il n'était pas très doué comme parent, m'aimait.
Se battre est douloureux. Scruter la noirceur qui nous habite, en prendre la mesure et refuser de lui céder. Se débattre de toutes ses forces. Nager à contre-courant. Courir dans le noir. Chuter et se relever encore.

Pour faire disparaître Elle, je dois sans cesse retrouver le cœur qui est mien. Faire vibrer mon âme, encore et encore. Trouver les notes qui sont miennes et dérouler la partition...

samedi 2 août 2014

Jour 39 / Quatorze

Dis...
Tu sais quand tout a commencé à s'obscurcir ? Quand cette masse informe, sombre est entrée dans nos vies ?
Quand s'est-elle glissé insidieusement, glaçant nos âmes ?
Elle est d'abord entrée en toi, creusant son sillon dans ton esprit, ton cœur. Puis, elle a lentement labouré le champ de tes idées, lançant ses griffes de plus en plus loin, plantant ses serres au plus profond de ta chair. Elle a lentement étouffé ce qui était toi, t'a privé d'oxygène, t'a lentement absorbé. Et a laissé à ta place ce lui, celui qui nous était inconnu et avec qui nous avons dû vivre tant d'années.
Tu es devenu sa marionnette, lente et glacée. Tu es devenu ombre toi-même. Lui est apparu et nous a terrifiés.
Tu existais encore par moments. Au travers de tes mots, de tes rires, de ta présence maladroite, tu restais le papa qui avait bercé mon enfance. Mais, tu n'étais plus présent que par éclipses, de plus en plus rares, de plus en plus courtes. Te voir ainsi me faisait souffrir. Je devenais toi, étais malade moi-aussi. L'ombre m'enserrait, m'étouffait. J'avais peur...
Peur de ce lui, de cet homme qui cachait ce petit garçon hurlant son chagrin, son besoin d'être aimé. Peur de cette ombre de colère, d'angoisse qui ne parvenait plus à s'exprimer.
Il a pris toute la place à la maison. Nous avons tous vécus dans la peur de le voir se manifester, dans le constat de notre échec année après année, de la lente décomposition des liens qui nous unissaient. Nos attaches ne rompaient jamais complètement. Nous restions présents malgré tout, assistant impuissants à cette montée en puissance du malheur.
Lui incarnait tes aspects les plus sombres. La lumière a quitté tes yeux, ton visage, ton corps. Tu te négligeais, devenais un fantôme parmi nous. Lui prenait de plus en plus de forces, se nourrissant de ton chagrin.
Il a absorbé jusqu'à la dernière goutte de ta vie, a guidé tes pas jusqu'au dernier instant. Il t'a broyé encore et encore, ne te laissant aucun répit. Son emprise ne se desserrait que pour mieux te faire sentir sa force et te détruire à nouveau. Ce monstre n'a jamais cessé de te murmurer que tu ne serais jamais digne d'être aimé, toi, l'enfant que l'on avait délaissé. Et c'est ce murmure qui t'a tué...
Les mots peuvent nous sauver, le sais-tu ? Pourquoi, toi, a-t-il fallu que tu ne croies que ceux qui te faisaient du mal ? Pourquoi ?
Lui est parti, enfin... T'a-t-il laissé en paix ?



A suivre...

samedi 26 juillet 2014

Jour 38 / Treize

Celle que j'étais à 20 ans est celle de la croisée des chemins. Celle qui avait tes symptômes, qui sentait son esprit lui échapper, et glisser, glisser encore. J'avais peur de tout, peur du monde, peur de ce qui se cachait tout au fond de moi. Rien n'avait plus de sens.
Je me sentais creuse et vide. Vide de sentiments. Je ne savais plus rire, moi qui aime tant cet éclat de joie. J'errais dans un monde d'ombres, de silences, de larmes.
La vie m'écrasait de tout son bruit, de toute son agitation. Elle m'épuisait. Je ne souhaitais qu'une chose : m'en retirer. Pourquoi se battre quand tout nous échappe ? Quelle était ma place ? Pourquoi, moi, je n'étais pas capable d'être comme les autres ? Qu'est-ce que ce monde qui n'en finit pas de nous blesser ? Qu'avais-je fait de mal pour en arriver là ? Quoi ?
À quoi bon...
J'avais peur de devenir lui. De finir par tellement te ressembler que moi aussi je disparaîtrais dans les abîmes du chagrin, dans ce monde qui n'en est pas un, qui nous éloigne de tous ceux que nous aimons.
Cette angoisse m'a ranimée. Paradoxalement. Je ne voulais pas devenir lui, pas être une simple enveloppe corporelle errant dans les rues, dans mon appartement, allant en cours. Je me suis raccrochée à tout ce que je pouvais. Mon esprit a cessé sa grande glissade infernale. Sans m'en rendre vraiment compte, j'ai pris le chemin du retour. Le jour où j'ai à nouveau ri, j'ai su. Su que j'avais quitté ce monde silencieux et effrayant où, toi, tu vivais. Su que j'avais retrouvé une place dans ce monde de bruits, étrange et mien aussi. Su que peut-être je pourrais te pardonner. Su que j'étais.



Je suis.



A suivre...

vendredi 18 juillet 2014

Jour 36 / Onze et Douze (Celle de 20 ans)

11

Au coin de mon cœur, elle habitait seule et perdue. Airs inachevés au coin des lèvres, regard sombre que l'on n'ose scruter, elle allait de par les rues en passant, passante parmi les passants, pensant à ce qu'elle aimait.

Une saute de vent soudaine la faisait regarder vers les nues. Feuilles mortes aux pieds, elle bruissait à chaque pas, insouciante et sévère.

On la croisait, absente parmi les présents. Elle ne parlait qu'à ceux qu'elle aimait et faisait du bruit pour les autres. Si on lui avait demandé ce qu'elle voulait, ce qu'elle aimait, elle aurait sûrement dit : "Je ne sais pas", un songe dans la voix.

Elle ne se sentait pas vivante parmi les vivants, mais simple silhouette aux contours dilués qu'une saute de vent ferait s'effacer. Mais, si un jour on l'apprivoisait, alors peut-être sortirait-elle de sa tanière... l'amour au cœur et le sourire aux lèvres.



12

La parenthèse bleue. Celle qui laisse tout couler, les mots et les larmes.
C’est une parenthèse de liberté, d’ivresse et d’absurdités.

La parenthèse bleue

C’est un moment de folie comme on en fait peu. C’est un moment d’oubli que rien ne peut combler. Je la vois cette parenthèse qui entoure entre ses bras tentateurs tous mes doutes… Tout… Tout ce que je voudrais cacher. Loin sur les terres encore évanouies de mon esprit, elle erre… et enserre mon âme. Se noyer dans ce bleu envoûtant pour oublier ce qui cause ce désarroi. Se fondre dans ses bras pour n’être plus cette chose solitaire. Chose dans le noir, qui lève la tête et ne voit que ce ciel encre de chine.

Toi qui lis ces mots, tu ne sais pas qui je suis, et moi, je ne veux pas te conter d’histoires, maigres réminiscences de ce que j’ai croisé sur ma route. La parenthèse bleue, là où tu poses tes pieds.

Me soûler de mots, subtil poison. A chaque lettre, envenimer mon esprit. Arracher le peu fictif pour croire en un ailleurs.

Et, ne rien laisser aller. Battent, battent… battent mes idées folles. Toi qui ne veux rien entendre, écoute ce murmure ensoupiré. Soupir de rire, soupir des jours. J’ai tant de mal à marcher toute seule. Si faible, si peu courageuse… je ne veux plus avoir ces maux à mots, ce silence d’absence comme si je n’existais plus. Pour toi…

La parenthèse bleue, c’est le moment où tout est détruit. Pas d’égards. Mots, tuez ce monde qui me fait tant souffrir. Vibrez de toute votre âme, crépitez sur son esprit. Détruisez tout, moi, lui, nous… Les vents déchaînés soufflent et crachent. La brume exhale un peu de chaleur pluvieuse. Un moment où tout résonne, écho de plus en plus proche. Ce sentiment d’inéluctable qui m’oppresse jour et nuit, envahit tout. Il fait si beau et tout est si malade.

Cette pourriture bleue de mon espoir, sans cesse rejeté, croît sur les pas que je laisse devant moi. Cette exhalaison parenthèsée ne connaît plus rien que la souffrance de savoir que rien ne vaut. Que tout n’est que pâle figuration de la réalité.

Tambour sur eau. Ciel d’herbes coupées. Vague traînée de têtards sur ce sol sec. Roseaux, ne pleurez plus. Je crois que cette neige sèche ne s’effacera pas. Elle a laissé tant de morceaux épars.

Rien n’est oublié et rien n’est pardonné. Mais qu’importe. Le désespoir n’est qu’un vent d’automne ennuagé qui rampe, là, à tes pieds. Et moi, seule au milieu de ce chaos bleu, tente de ne plus pleurer. Mon esprit, ce monstre tentaculaire, s’est replié. Pourtant, pourtant… Mes larmes ne sont pas loin. Tristes traces de ce qui n’est plus, ne sera pas.


Quand je lève la tête, je ne vois plus rien. Ce brouillard de pensées m’inonde, m’emplit et me vide. Ressac amer. Amertume larmée. Je ne bouge plus. Je t’attends même si tu ne viendras plus. La parenthèse bleue, je détruis et empoisonne ma vie…

Jour 35 / Détente féline...


lundi 30 juin 2014

Jour 34 / Neuf et Dix

9

Mes plus vieux souvenirs sont flous, épars et clairsemés.

Je regarde mon arrière-grand-mère se coiffer, préparer son chignon. Elle me paraît grande, elle qui ne devait pas mesurer plus d'1 mètre 50. Je joue avec elle. Je suis le chien des voisins (qui n'en ont pas d'ailleurs) qui vient agacer les poules de ma mémé (qu'elle n'a pas non plus). Je circule à quatre pattes dans la petite pièce, passe sous la table, entre les chaises.

Je suis chez ma grand-mère maternelle. Je regarde Scoubidou tôt le matin. Je trouve ce dessin animé hilarant. Je m'amuse autour de la maison. A l'époque, du goudron l'entoure. Un jour, pour embêter mamie, je lui pique une casserole et très fière de mon tour, cours autour de la maison en riant. Fin de la fête. Je tombe, me blesse le genou. Je garde encore aujourd'hui la cicatrice de mon vol plané. Papy joue aussi avec moi. Une fois, chez mes parents, on joue à la balle tous les deux. Je crie. Notre chien, persuadé que mon grand-père me fait du mal, le mord. Rien de grave.

Chez ma grand-mère paternelle, ce sont comptines, activités dans le jardin. J'aime marcher pieds nus dans la terre fraîche. Ce contact me met en joie. Je me lave ensuite les pieds dans un seau d'eau. Seau qui se renverse un jour, quand je m'assois sur son bord.

Entrée en moyenne section. Je suis dépitée. Ce n'est pas cette année encore qu'on va apprendre à lire, que je vais apprendre à lire.

Grande section. Un garçon dans ma classe n'arrive pas à compter jusqu'à 10. Ça m'agace. Je me vois, le temps d'une récréation, essayer de le lui apprendre.

Je dois avoir 8 ou 9 ans. Je suis dans les vergers qui sont de l'autre côté de la route par rapport à notre maison. On va ramasser des pommes. Maman, papa, mon frère sont là. Peut-être mamie aussi. On doit être en automne. Il ne fait pas très beau, mais ce verger sent bon. Il est tout en pente. On peut le dévaler à toute allure. On en profite aussi pour ramasser des châtaignes qu'on mangera à la maison.

Hiver. Papa a apporté du houx pour décorer la maison, mais toutes les petites baies rouges sont tombées. Maman prend du coton et de l'éosine. Doigts rouges et prothèses de baies. À Pâques, elle fabrique des nids avec la paille de la ferme pour y mettre nos chocolats.

Quand je lis, je n'entends plus rien. On peut m'appeler deux, trois fois avant que j'entende qui que ce soit. J'emmène des livres partout. Lis à un mariage alors que les autres enfants autour de moi jouent. Lis en cachette, jusqu'à 23 heures, minuit. Ô douceur de la clandestinité.
L'école, mon autre territoire, occupe mon esprit. On y apprend tant de choses intéressantes. Les vacances sont vraiment une perte de temps. Mon cerveau a soif. Éponge, il absorbe tout, sans distinction.

De la maison de mes grands-parents à l'école, il y a 5 minutes de marche à pied. 5 minutes de rêveries. On passe sous un chêne, dont une des branches n'en finit pas de pousser et de surplomber le chemin. J'adore les arbres.

Mes plus vieux souvenirs sont flous, épars et clairsemés.

Mais ils ont en eux la douceur de l'enfance,
du temps des rires et des jeux,
des créations que les adultes font pour nous.
Douceur du temps passé.

La petite fille que j'étais m'apparaît, bouclettes au vent, sourire au visage, rêveuse, un peu ailleurs, sûre d'elle, confiante.


10

J'ai mis du temps à revenir sur ces pages. Le temps de rassembler mes idées, de retrouver mon cœur, le cœur de cette histoire, de notre histoire. J'aimerais pouvoir m'installer et écrire, écrire, et écrire encore, ce qui était prévu.
Mais...
Les choses ne fonctionnent pas ainsi. Je ne choisis pas. Les mots me quittent parfois. Il me faut alors attendre leur retour. Ce n'est pas moi qui décide. Pas pour cela.

Mais maintenant, je suis là. Présente, vraiment présente. Prête à retracer mon parcours, notre route.

Tu ne m'as pas trop attendu ?

Que pouvais-je bien faire ?

N'est-ce pas ?

Je réfléchissais. Encore. Perdue dans mes idées, mes souvenirs, mes désirs. J'attendais que le fil décousu de mes pensées se retisse, se noue, et me dessine le chemin que je devais suivre.
J'ai lu, rêvassé, écouté de la musique, regardé des films, ri, marché dans les rues tard le soir, nourri mon âme de ce que j'aime, cherché la chaleur que donne l'amour d'une famille. Et le chemin m'est apparu, bancal, imparfait, confus. Mien en somme.

Marchons un peu, veux-tu ? Tiens-moi par la main. Porte-moi sur tes épaules comme quand j'étais petite.


Voyons le monde tel qu'il est. Voyons le chemin parcouru...

vendredi 20 juin 2014

Jour 33 / Huit

J'ai grandi à la campagne, dans un petit village qui comptait plus de vaches que d'habitants.

Village lové au creux d'un virage. Autour, collines et champs, cultures et senteurs, chemins, routes, buissons et arbres. On peut le traverser sans s'en rendre compte. Un village parmi tant d'autres, avec ses familles, ses histoires, ses racontars.

Nous habitions à l'une des extrémités de ce village en virage. Nous avons appris rapidement à traverser la route avec prudence. Nous avons goûté toutes les joies d'une enfance à la campagne. J'ai grandi, là, avec l'envie de partir un jour. Partir pour découvrir des horizons plus vastes, puisque, armée de mon enfance, je ne risquais rien.

Notre maison était suffisamment grande pour que nous puissions jouer sans nous soucier de déranger qui que ce soit. Le jardin, la cour et la ferme composaient un magnifique terrain de jeu. Je ne sais plus s'il me paraissait vaste. Néanmoins, ce tout représentait un territoire à conquérir et envahir. Il fallait de l'audace pour faire le tour de la ferme à vélo, rouler sur les pierres, franchir les obstacles. Il fallait du courage pour côtoyer les vaches, veaux, taurillons. Dans ma tête de petite fille, le monde que je voyais se prêtait à toutes les rêveries possibles. Finalement, je n'ai de toutes ces années que des souvenirs épars. Les jours devaient s'écouler les uns après les autres, semblables, frères.

Peu de visages le peuplent. Mes grands-mères, mon grand-père, mon arrière-grand-mère, ma mère, mon père, mon frère, ma sœur. Mon monde était restreint, mais peuplé des personnages que je croisais dans mes lectures. Ces-derniers avaient bien plus de vie que les gens autour de moi. Le territoire intérieur que je me construisais avait certes un lien avec l'extérieur, mais le surpassait en tout. Lire, c'était vivre. Et c'était Tout.

La seule chose qui pouvait me mener au-delà s'incarnait dans l'école. Apprendre, comprendre, savoir, expliquer étaient une source inépuisable de bonheur et de satisfaction.


Aller à l'école, lire, rêver, jouer... 

vendredi 23 mai 2014

Jour 32 / Promenade du soir



Comme un cri de l'âme
Un souffle du cœur
Sans répit, arpenter les rues
Croiser ceux que l'on aime
Et marcher, marcher encore
Encore...

samedi 26 avril 2014

Jour 31 / Vers un ailleurs...

Pourquoi moi demeuré-je...

Je me dis souvent que pour sauver mon père, il aurait fallu sauver le petit garçon qu'il était. Celui qui, j'en suis certaine, était plutôt gentil, faisait quelques bêtises et avait surtout besoin d'être aimé. On ne peut pas bien grandir sans amour. Si je le pouvais, j'irais le chercher pour lui dire de ne pas s'en faire, de ne pas s'inquiéter, que les paroles de certains adultes sont sans fondement, qu'il est mignon et intelligent. Je lui murmurerais de ne pas oublier qu'il est attendu, qu'on va l'aimer autant qu'on peut espérer l'être.

Ce petit garçon si frêle, si inquiet, qui n'a jamais pu vraiment grandir, j'aimerais être sûre que maintenant il a compris. Compris qu'on ne peut rien attendre de certaines personnes, mais qu'on peut attendre tout d'autres. Et que ces personnes-là sont présentes, toujours. Elles vous tiennent par la main. Jamais elles ne vous laissent, même quand elles sont fatiguées de vous, de vos bêtises.


Inlassablement,
Elles reviennent,
Vagues d'amour embrassantes.









Tu as entendu, hein ? Est-ce que tu comprends maintenant ?


Non, on ne disait pas pour te faire plaisir qu'on t'aimait, que tu avais réussi ta vie. On te le disait parce que c'était vrai. On ne t'embêtait pas par plaisir mais parce qu'on voulait que tu vives. Avec nous et pas à côté. On voulait que tu sois heureux avec nous, enfin heureux, que tu tires un trait sur ce qui t'avait fait tant souffrir pour te concentrer sur ce qui t'attendait.


Oui, oui, tu as merdé. Tant pis, je ne t'en veux pas... plus. Mais tu as intérêt d'être heureux maintenant. Sinon, je te jure que ça va barder quand on se retrouvera. Tu as vraiment intérêt d'être heureux, d'être enfin en paix. Sinon, je ne pourrais pas accepter que tu nous aies laissés. Tu es enfin libre, pas vrai ?





Alors, va.



A suivre...